L’amour de deux pays : comprendre la double appartenance en expatriation

Quitter chez soi pour retourner chez soi : voilà la réalité que vivent beaucoup d’expatriés.

Aimer sa terre d’origine et tomber amoureux de son pays d’accueil a tout d’un idéal d’expatriation. C’est porter deux histoires, deux cultures, deux langues et deux façons de percevoir le monde. Cet amour double est aussi bien une chance qu’un un tiraillement profond.

En s’attachant à deux pays, on fait l’expérience de la double appartenance et d’une identité hybride. C’est un phénomène psychologique unique qui reste, même après des années, constamment en mouvement.

Dans ce vécu très particulier, des sentiments contradictoires peuvent émerger. On peut se sentir hésitant ou même écartelé entre ses deux nations.

Pourquoi l’attachement à une nouvelle terre réveille-t-il parfois une forme de culpabilité inconsciente ou un conflit de loyauté envers sa famille et sa patrie d’origine ? Comment aimer profondément son pays d’adoption sans avoir l’impression de trahir ses racines ?

Qu’est-ce que la double appartenance chez l’expatrié ?

Etre expatrié, c’est naviguer entre deux façons de vivre, dans deux pays.

Au-delà de son aspect géographique et logistique, le sentiment de double appartenance est surtout une expérience émotionnelle et intime.

Cela implique de se laisser évoluer, au contact de cette nouvelle vie d’expatrié. Au fil du temps, on adopte un nouveau mode de vie, de nouveaux mots, une nouvelle manière de penser. C’est un véritable chamboulement identitaire qui nous transforme et nous change profondément.

On crée un doucement un deuxième chez soi, on construit des repères dans deux environnements différents et on s’attache profondément à deux terres, deux nations. C’est un processus par lequel on intègre en soi deux mondes et deux manières d’exister. Notre sentiment d’appartenance se modifie, se rattachant à la fois à ce que nous avons toujours connu et à la vie que nous menons aujourd’hui.

On se transforme en une nouvelle version de soi-même, faite de nos expériences et de ce double attachement entre nos origines et notre terre d’accueil.

Entre loyauté et liberté : quand l’amour de deux pays crée une tension interne

Aimer deux pays peut être une très belle sensation. On ressent la chance de pouvoir évoluer dans ces environnements qui, chacun à leur manière, représentent tant pour nous. C’est un peu comme si l’on avait deux chez soi, bien que cela ne soit pas toujours si évident.

Mais apprendre à découvrir un nouveau pays pour finir par l’aimer profondément pose parfois un problème majeur : si on s’attache à une autre terre, que devient celle de nos origines ?

En ayant la possibilité de naviguer entre plusieurs lieux et de s’y sentir chez soi, on trouve une forme de liberté complétement inédite qui est parfois difficile à comprendre pour l’entourage.

On se retrouve alors face à un conflit interne : entre liberté et conflit de loyauté, où sommes-nous censé aller ? Que devons-nous suivre ?

Un tel conflit peut se ressentir et se manifester de diverses manières :

  • Un malaise profond : Le tiraillement entre la loyauté envers son pays d’origine et cet amour nouveau envers son pays d’accueil peut être intense, au point de mener à une culpabilité et un malaise général. On peut avoir la sensation, en s’attachant à une nouvelle terre, de trahir ses racines, sa culture et sa famille.

  • La culpabilisation des proches : L’entourage familial et amical ne comprend pas toujours ce que l’on vit et peut même redouter que l’on s’attache “trop” quelque part, laissant alors tout derrière soi. Certaines personne craignent d’être oubliées, délaissées ou prennent l’expatriation comme une véritable trahison ou un abandon.

  • Une remise en question identitaire : S’attacher à deux cultures, parfois complètement différentes, ramène à la question des origines, des valeurs et des racines. On peut alors s’interroger sur ce qui nous correspond vraiment, remettre en doute ce que nous avons toujours connu et accepté. On se rend compte qu’un autre mode de vie est possible et que l’on peut s’y sentir bien, sans être tout à fait certain de savoir où est notre place.

  • Une difficulté à faire un choix : Déchiré entre notre envie de liberté et l’attachement à nos racines, il peut devenir difficile de savoir vers quoi nous tourner. La moindre décision devient, soudainement, lourde et chargée de doutes, de questions auxquelles on peine à trouver des réponses. On réfléchit à la réaction des uns et des autres, à ce que nos choix veulent dire de nous et de la direction que prend notre vie, loin de nos origines.

  • La sensation de se perdre : Aimer deux pays donne parfois la sensation de se dédoubler, comme si nous étions deux personnes à la fois. Les bouleversements identitaires et existentiels que cela occasionne peut nous donner l’impression de ne plus savoir qui l’on est réellement, comme si on se trahissait un peu soi-même…tout en se sentant chez soi, malgré tout.

D’où vient le conflit de loyauté en expatriation ?

Si le conflit de loyauté est si intense, c’est que quitter son pays n’est pas simplement une question de géographie, mais d’histoire personnelle et familiale.

S’expatrier et s’attacher à un nouveau pays réveille des enjeux psychologiques à la fois profonds et inconscients, liés à la séparation, la filiation et à la question d’appartenance.

Plusieurs mécanismes psychiques sont alors à l’œuvre :

  • La dette généalogique et le poids des origines : Nous portons tous, en nous, l’héritage d’une histoire familiale, de valeurs et de sacrifices transmis par les générations précédentes. Inconsciemment, en s’éloignant de notre pays et en adoptant un mode de vie différent, on peut ressentir comme une forme de “dette” qui n’est pas remboursée. La sensation de trahir et de tourner le dos à nos parents et nos ancêtres peut surgir, entraînant une culpabilité sur laquelle il est parfois difficile de poser des mots. A cela s’ajoute le sentiment d’être ingrat et de déshonorer leur mémoire ainsi que tout ce qu’ils ont construit.

  • Le “contrat familial” inconscient : Dans certaines familles et cultures, une règle implicite veut que l’on reste groupé, que l’on reproduise un même modèle sur les différentes générations. En tant qu’expatrié, on brise ce contrat invisible et ce schéma familial ancré. S’épanouir ailleurs, loin de sa famille et dans un environnement aux valeurs différentes, donne la sensation de commettre un acte de désaffiliation. On a l’impression de trahir et de rejeter sa famille et sa culture, comme si on les reniait entièrement. Pour certains, cette sensation est couplée à la culpabilisation et au rejet des proches, pour qui s’expatrier est un acte impardonnable.

  • La peur de perte d’amour et de rejet : S’éloigner et quitter son pays réveille souvent des angoisses profondes et archaïques : la peur d’être rejeté, désaimé ou abandonné par les siens. Si la famille exprime de la rancœur, de la culpabilisation ou de l’indifférence face à cette nouvelle vie, ces angoisses sont ravivées et découlent sur un dilemme impossible : pour garder l’amour de mes proches, je devrais peut-être revenir.

  • La culpabilité du “privilégié” : Si l’on vit dans un pays aux conditions de vie meilleures que celles de notre terre d’origine, on peut alors ressentir un nouvelle forme de culpabilité. On se reproche de vivre une vie plus confortable, plus simple que nos proches restés au pays qui doivent faire face à de nombreux défis quotidiens. Cela renforce l’idée d’être “privilégié” et même de trahir les siens : au lieu d’être heureux ici, je devrais être avec eux et vivre la même vie qu’eux.

  • La question de l’appartenance : S’intégrer et s’attacher à une autre nation remet en question les notions d’appartenance. A quel pays appartenons nous vraiment ? Suis-je toujours vraiment citoyen de mon pays natal ? Suis-je toujours ancré dans ma culture d’origine ? Là aussi, le sentiment de trahison peut se manifester. On a l’impression de s’assimiler à un groupe ethnique et culturel qui n’est pas le notre, et de renier notre réel groupe d’appartenance.

Faire la paix avec sa double appartenance : du tiraillement à l’intégration

Ce conflit entre liberté et loyauté n’est pas une impasse : c’est le signe d’un psychisme en travail. La souffrance ne vient pas du fait d’aimer deux pays, mais de la croyance inconsciente qu’il faudrait choisir entre l’un ou l’autre.

Tant que l’on perçoit l’attachement à sa terre d’accueil comme une trahison de ses racines, la culpabilité persiste. Mais il ne s’agit pas d’opposer ces deux histoires : il s’agit d’apprendre à les faire cohabiter.

Apaiser ce conflit intérieur demande de s’autoriser à accepter son parcours, tel qu’il est.

Cela revient à :

  • Se déculpabiliser : Aimer sa vie ailleurs ne veut pas dire que l’on aime moins son pays d’origine et sa famille. La loyauté des sentiments reste intacte, où que l’on soit, et chacun a le droit de chercher et poursuivre son épanouissement personnel.
  • Accepter sa mixité intérieure : Se rendre compte que l’on peut, à la fois, appartenir à sa terre natale et sa terre d’accueil est un soulagement immense. On est simplement le résultat de ce mélange de pays et de cultures, sans avoir à choisir ou renier l’un d’entre eux. Apprendre à se construire avec ce mélange permet également de se sentir plus en phase avec soi-même, tout en renforçant un tout nouveau sentiment d’appartenance.

  • Donner de la place à ses deux identités : Dans cette nouvelle identité, il est essentiel de savoir quelle place donner à chaque partie de soi. Prendre le temps d’observer ce que l’on souhaite conserver de sa culture d’origine et ce que l’on choisit d’adopter de sa terre d’accueil permet de reprendre le contrôle et de respecter son héritage.

Le rôle de la psychothérapie : dénouer les fils invisibles en consultation

Cette expérience de double appartenance soulève beaucoup de questionnements et réveille parfois des problématiques psychiques et des blessures anciennes.

Lorsque la culpabilité, le sentiment de trahison ou la peur de perdre restent ancrés, et ce malgré tous nos efforts, entamer une thérapie prend tout son sens.

Entreprendre un suivi en visio, adapté aux expatriés et à ces enjeux affectifs et identitaires, permet de revenir sur ce qui se joue réellement en vous.

Ensemble, nous pouvons prendre le temps :

  • D’analyser et de comprendre vos dynamiques familiales et les processus inconscients à l’œuvre
  • De travailler sur votre capacité à se séparer et à apaiser l’angoisse
  • De comprendre et d’avancer sur votre rapport aux autres et à vous-même

Ce travail thérapeutique vous permettra de transformer cette fracture intérieure en une nouvelle identité, sereine et apaisée.