
En s’expatriant, on change radicalement de décor.
Tout devient différent : le pays, la ville dans laquelle on vit, la société et ses codes, les personnes qui nous entourent, la nourriture, le mode de vie…
On s’habitue, on s’adapte et on construit quelque chose de nouveau, à notre image.
Tous ces changements, toutes ces différences nous apparaissent comme bien évidents et sont d’ailleurs parfois sources de difficultés.
Mais l’expatriation n’est pas simplement un changement d’environnement, de langue ou de culture ; il s’agit en réalité d’une transition profonde qui nous impacte souvent bien plus que l’on ne l’aurait imaginé.
Perte de repères et expatriation : le vacillement de l’identité
Lorsqu’on quitte son pays, on laisse derrière soi des éléments clés qui ont, pendant longtemps, représentés une part importante de notre identité :
- notre statut social
- la maîtrise de notre langue maternelle
- les références culturelles partagées
- nos proches et le regard qu’ils portent sur nous
- un mode de vie
- une façon de percevoir et d’être au monde
Soudain, à l’étranger, ces appuis fléchissent, s’effritent ou disparaissent. Nous n’avons plus accès aux mêmes codes, à notre cercle habituel et à nos appuis.
On se retrouve face à un tout nouveau monde à comprendre et à apprivoiser pour y trouver sa place. On construit alors de nouveaux repères et de nouveaux éléments s’intègrent dans notre vie, contribuant à façonner la personne que nous sommes.
Et cela ne se limite pas seulement à un changement d’alimentation ou de mode de vie; le psychisme vit un véritable chamboulement et notre identité entame une profonde transformation.
Qui est-on lorsqu’on est loin de notre pays d’origine ? Et qui devient-on en allant vivre ailleurs ?
Comment l’expatriation transforme et reconstruit notre identité ?
Pendant les premiers mois en tant qu’expatrié, la transformation s’opère dans l’ombre, masquée par les besoin du quotidien et l’urgence de s’adapter. On avance, on encaisse, on apprend. Puis, vient ce moment charnière et inattendu où l’on prend conscience de notre propre changement.
Et souvent, c’est au travers du regard de l’autre qu’on le réalise.
Le retour dans le pays d’origine
C’est généralement en revenant passer quelques temps dans notre pays d’origine ou en discutant avec un proche que la réalité nous frappe : nous avons changé.
On remarque alors plusieurs choses :
- Un sentiment de décalage : nos proches ont continué leur vie dans un environnement familier, tandis que la nôtre s’est modifiée, au contact d’un environnement complètement différent.
- Une nouvelle façon de penser : des réactions, des idées, des valeurs ou des sujets que l’on avait l’habitude d’aborder nous apparaissent alors sous un nouvel angle.
- Le sentiment d’être un peu “étranger partout” : on sent que l’on ne correspond plus complètement à notre pays d’origine, tout en n’appartenant pas non plus entièrement à notre pays d’accueil.
L’étonnement face à sa propre capacité d’adaptation
Au-delà de ce décalage, un autre élément fait surface : la découverte de notre propre résilience.
On se surprend à naviguer avec facilité dans des situations qui, un an plus tôt, nous auraient terrifiés. Parler une autre langue, régler des démarches administratives dans un système inconnu, s’accommoder d’un mode vie parfois inverse au nôtre, rire et réagir à des codes culturels différents… On réalise alors que l’esprit humain possède une plasticité formidable.
On ne s’est pas seulement « adapté » : on a élargi notre horizon, enrichi notre personnalité et développé une confiance en soi durable.
L’identité hybride en expatriation : appartenir à plusieurs mondes à la fois
Après avoir pris conscience de notre capacité à s’adapter et de notre propre changement, une nouvelle étape apparaît : celle de la réconciliation.
S’expatrier ne veut pas dire tout effacer pour recommencer sa vie de zéro ni devenir une toute autre personne du jour au lendemain, même si cela peut être l’idée qu’on se fait parfois de l’expatriation…
En réalité, s’expatrier c’est surtout apprendre à vivre et à composer avec deux réalités : à la fois celle de notre pays d’origine et celle de notre pays d’accueil.
Cette dualité, présente en nous, peut parfois être source de conflits psychiques dont la résolution progressive donne naissance à une identité multiculturelle.
Les conséquences de cette métamorphose intérieure
Cette évolution identitaire est souvent profonde et ne reste pas sans conséquences ni sans bénéfices, ce qui entraîne des changements dans notre façon d’être au monde :
- Un sentiment d’appartenance plus complexe : on réalise que l’on ne sera plus jamais tout à fait 100 % d’ici, ni tout à fait 100 % de là-bas. Cette nouvelle façon d’exister offre une incroyable liberté tout en étant parfois difficile à vivre.
- Une flexibilité mentale décuplée : passer son temps à jongler entre les cultures, les codes, les langues et les différentes façons de fonctionner renforce notre tolérance, notre capacité à relativiser et à improviser tout en étant également source de fatigue psychologique.
- Une redéfinition des priorités : l’éloignement permet également de se détacher de certaines injonctions sociales, de tester l’épreuve de la distance et d’ouvrir son esprit à autre chose. Nous pouvons ainsi mieux cerner ce qui compte réellement pour nous.
Un changement identitaire irréversible : l’importance de prendre soin de soi
L’expatriation est une expérience qui nous change à jamais.
On ne redevient jamais vraiment celui ou celle que l’on était avant de tenter l’expérience. Psychiquement parlant, cela s’associe à une forme de deuil :
- Le deuil de notre “vie d’avant”
- Le deuil de la personne que nous étions
- Le deuil de notre rapport au monde, au profit d’un nouveau
C’est un grand chamboulement. Un travail de séparation et de reconstruction durable qui sollicite beaucoup notre esprit et qui ravive, parfois malgré nous, des blessures ou des questionnements anciens tout en nous mettant face à des réalités que nous ne souhaitions peut-être pas voir.
Les bienfaits de l’expatriation et de son bouleversement identitaire sont indéniables, mais ses difficultés peuvent être particulièrement difficiles à comprendre et à surmonter.
Psy en visio : un soutien psychologique adapté
Entamer une thérapie en visio est une façon de prendre soin de soi et de se faire accompagner lors de ces grands chamboulements identitaires.
Consulter un psy sensibilisé aux réalités de l’expatriation n’est en rien un échec : c’est simplement s’offrir un espace pour poser ce qui nous pèse et nous questionne, dénouer les nœuds invisibles et traverser les périodes difficiles. Se réinventer loin de chez soi est un magnifique défi, mais s’autoriser à demander de l’aide, c’est aussi faire le premier pas vers un apaisement durable.
La psychanalyse permet de comprendre ce qui se joue en nous et de quelle manière notre identité se retrouve changée par l’expérience de l’expatriation.