« Ni tout à fait ici, ni tout à fait là-bas » : où se trouve notre « chez-soi » en tant qu’expatrié ?

Le sentiment de flottement en expatriation : entre deux “chez-soi”

En devenant expatrié, notre horizon s’élargit et notre monde change.

Dans cette vie à l’étranger, on découvre, on s’adapte et on se lie à un nouveau territoire, une nouvelle culture, parfois une nouvelle langue… Notre « chez-nous » se transforme peu à peu et prend une forme que l’on n’aurait peut-être jamais imaginée.

Entre le pays d’accueil et le pays d’origine, la sensation d’être chez soi peut pourtant devenir floue, incertaine et source de profonds questionnements. C’est là que s’installe un véritable sentiment de flottement :

  • La sensation d’être suspendu entre deux territoires
  • La difficulté à se sentir pleinement ancré quelque part
  • Le sentiment d’être chez soi partout…
  • … ou de n’être chez soi nulle part.

Ce « flottement » est une réalité psychique très fréquente en expatriation. Il décrit une expérience de l’entre-deux, où l’on se retrouve à la fois étranger et à la maison partout.

Dans le pays d’accueil : le sentiment d’être chez soi, sans être d’ici

S’installer et construire dans un nouveau pays est un processus très sollicitant qui demande de l’adaptation, de l’innovation et de la création mais qui fait également appel à notre capacité à se séparer et à accepter le changement.

Psychologiquement, c’est une expérience à la fois déstabilisante et très coûteuse.

Pour réussir à se sentir chez soi dans un tout nouveau territoire, il nous faut accueillir la culture locale, apprivoiser une langue, ajuster nos habitudes aux codes de la société d’accueil et réinventer notre quotidien.

Et ce pari peut être une vraie réussite.

On peut bâtir un foyer, créer un nouveau cercle relationnel, s’épanouir dans une carrière, s’ajuster et se sentir à sa place dans cette nouvelle vie ailleurs. C’est un nouveau “chez-soi” qui prend forme et auquel on peut se sentir profondément attaché.

Et pourtant, ce sentiment de sécurité et d’appartenance repose souvent sur une réalité difficile : nous sommes souvent, d’une manière ou d’une autre, ramenés à notre condition d’étranger et ce même après des années.

Que ce soit par un regard, une remarque, une blague ou même par nos propres sentiments, la question de l’appartenance reste parfois instable.

Même en étant parfaitement intégré, une part de décalage peut persister, comme une sensation de ne jamais être tout à fait “à la maison” ou de n’être qu’un invité dans cette vie à l’étranger.

On vit alors avec cette double expérience : la fierté et la joie d’avoir construit une nouvelle vie ailleurs et la sensation profonde que l’on ne sera jamais totalement d’ici.

Dans le pays d’origine : quand le « chez-soi » devient une terre étrangère

Lorsque l’on quitte son pays d’origine, on a tendance à croire, plus ou moins inconsciemment, qu’il restera un lieu sécurisant que l’on peut retrouver à tout moment, tel qu’on l’a laissé.

Là encore, la réalité se montre assez différente de cette idée.

En revenant là d’où l’on vient, que ce soit pour des vacances ou pour un retour définitif, on réalise alors que la sensation d’être chez soi n’est peut-être plus si évidente que ça.

On se retrouve face à des constats auxquels nous n’avions même pas pensé :

  • Le temps a passé sans nous : la vie de nos proches a continué, les dynamiques familiales et amicales ont évolué en notre absence, notre ville a changé, nos repères habituels se sont effacés.
  • Nous avons changé : on réalise que nos valeurs, nos habitudes et notre perception du monde ont changé au contact de l’étranger, créant parfois un décalage avec notre entourage.
  • L’impression d’être considéré comme un étranger : nos proches peuvent nous regarder avec curiosité, nous questionner d’une manière inhabituelle, comme si nous étions devenus un peu étranger à notre monde d’origine.
  • La perte/modification des automatismes culturels : on hésite sur certains codes sociaux, nos expressions ont changé, ce qui nous paraissait autrefois une évidence semble aujourd’hui moins familier.

Notre pays d’origine n’est plus ce cocon parfaitement ajusté et sécurisant. L’expatriation n’a pas seulement modifié notre rapport à l’étranger : elle a aussi transformé, souvent inconsciemment, notre lien avec notre terre natale.

Quelles sont les conséquences psychologiques de ce sentiment de flottement ?

Entre le pays d’origine et le pays d’accueil, on oscille paradoxalement entre deux “chez-soi” et entre deux terres auxquelles on ne se sent pas appartenir complètement.

C’est un expérience perturbante qui peut réveiller des insécurités profondes, fragilisant notre psychisme de diverses manières :

  • Insécurité interne et angoisse : la sensation de ne plus avoir de réel “chez-soi” peut engendrer de l’anxiété et de l’angoisse, ainsi qu’une hypervigilance et une difficulté à retrouver une sécurité interne.
  • Episode de déprime, épisode dépressif : la solitude ressentie dans cette expérience “d’entre-deux”, la difficulté de se sentir pleinement chez soi et le décalage entre la réalité et les attentes peuvent doucement glisser vers de la déprime ou de la dépression.
  • Bouleversement et confusion identitaire : lorsqu’on ne sait plus vraiment à quel territoire on appartient, les questionnements se bousculent et peuvent engendrer une crise identitaire où l’on peine à faire le lien entre la personne que l’on était avant de partir et celle que l’on est devenue aujourd’hui…

Ce sentiment de flottement ne doit donc pas être minimisé ou banalisé. Il s’agit d’un véritable bouleversement qui mérite d’être entendu, accueilli et compris.

Sentiment de flottement en expatriation : pourquoi consulter un psy ?

Traverser cette période d’incertitude et de décalage ne signifie pas que votre expatriation est un échec, ni que vous êtes incapable de vous adapter. Il s’agit simplement d’un signal : celui que vous avez besoin de temps, d’espace et d’écoute pour comprendre ce qui se joue en vous.

L’intérêt d’un travail analytique

Entamer une thérapie permet de :

  • Nommer et déposer ce sentiment de flottement dans un espace neutre, sans crainte d’être jugé ou incompris par vos proches.
  • Comprendre comment l’expatriation et ce vécu “d’entre-deux” entrent en interaction avec vos blessures passées et ce que cela réveille en vous.
  • Traverser le deuil de l’ancien « chez-soi » et apprivoiser la complexité de la vie entre deux territoires.
  • Reconstruire une sécurité interne durable, afin que votre véritable point d’ancrage ne dépende plus uniquement d’un lieu géographique, mais de votre propre structure psychique.

Si vous ressentez cette solitude, une forme d’anxiété ou une perte de repères liée à votre vie à l’étranger, sachez que vous n’avez pas à porter ce poids seul.

Faire le premier pas

En tant que psychanalyste, je vous accueille en visio pour vous offrir un espace d’écoute bienveillant et sur mesure, afin de vous aider à dénouer ces tensions et retrouver une sérénité intérieure, où que vous soyez dans le monde.